Edward Miller tapotait nerveusement la table du bout des doigts. Le gâteau trônait devant lui, intact, somptueux, presque trop parfait. Isabella, revenue des toilettes, lui lança un sourire rayonnant.
— Une pensée dans ton regard, mon cher ? Tu as l’air ailleurs.
— Juste… fatigué, répondit-il, feignant la décontraction.
Il n’avait pas encore mentionné Maya. La scène s’était imprimée dans son esprit comme une brûlure : ces yeux implorants, cette voix tremblante, ce souffle haché. Une enfant n’inventerait pas cela… pas avec autant de panique sincère.
— Tu n’as pas goûté au gâteau ? s’étonna Isabella. C’est ton préféré.
Elle coupa une petite bouchée, tendit sa fourchette vers lui.
— Allez, fais-moi plaisir.
Il sourit faiblement, mais ne toucha pas l’assiette.
— Tu sais… j’ai croisé une petite fille dehors. Maya. Tu ne te souviens pas ? Je t’en avais parlé, la semaine dernière.
— Une mendiante ? Tu leur donnes encore de l’argent ? soupira-t-elle, exaspérée.
Un éclair traversa le regard d’Edward. Il prit une grande inspiration.
— Elle est venue ici. Juste maintenant. Elle m’a supplié de ne pas manger le gâteau. Elle disait t’avoir vue y mettre quelque chose.
Isabella éclata de rire, mais ce fut bref. Trop bref.
— Quelle absurdité ! Tu vas croire une gamine des rues plutôt que moi ?
Il observa son visage. Trop lisse. Trop préparé.
— Tu sais ce qui est étrange ? continua-t-il lentement. C’est qu’elle savait exactement où j’étais… Et qu’elle t’a reconnue.
Un silence tendu s’installa. Edward sortit calmement son téléphone et appela discretement son assistant.
— Demande une analyse express de ce dessert, s’il te plaît. Et vérifie aussi les caméras de surveillance de l’entrée.
Le regard d’Isabella se durcit.
— Tu n’es qu’un paranoïaque, Edward.
— Peut-être. Mais je suis vivant, et prudent.
Il se leva, laissant le gâteau intact.
Plus tard cette nuit-là, un agent de sécurité confirma qu’on voyait Isabella sortir discrètement un flacon de son sac… juste avant le dessert.
Edward reposa la photo de Maya sur son bureau.
— Merci, petite… Tu m’as sauvé bien plus que la vie.