C’était une soirée paisible, marquée par l’odeur des feuilles mortes flottant dans l’air frais de l’automne. J’avais décidé d’emmener mon père dans un restaurant qu’il appréciait autrefois. Depuis le décès de maman, il s’était renfermé sur lui-même, préférant les journées tranquilles à la maison. Ses mains tremblaient de plus en plus, et sa mémoire se faisait de plus en plus fugace. Mais il n’en parlait jamais.
Ce matin-là, je lui avais proposé : « Papa, et si nous allions dîner ce soir ? » Il avait éclaté de rire, un sourire timide se dessinant sur son visage fatigué. « Dîner ? Ça fait bien longtemps… »
Nous étions arrivés à l’heure où le soleil caressait encore les toits, et les premières étoiles apparaissaient timidement dans le ciel. Le restaurant était petit, mais chaleureux, avec des chandelles allumées et une ambiance feutrée. Nous nous étions installés à une table près de la fenêtre, et mon père avait observé le monde dehors, les yeux perdus dans ses souvenirs.
Le repas se déroulait tranquillement, mais au fur et à mesure que papa mangeait, ses mains tremblaient de plus en plus. Il avait renversé un peu de sauce sur sa chemise, un geste maladroit qui lui causa de la gêne. Il chercha une serviette, un peu perdu, et je lui pris doucement la main.
« Ce n’est rien, papa », lui murmurai-je.
Alors qu’il me regardait avec un sourire embarrassé, une voix derrière nous attira mon attention. Une jeune femme riait, murmure étouffé à son compagnon. Je sentis une vague de chaleur m’envahir, mais j’ignorai leur présence. J’avais toujours adoré la fierté et la dignité de mon père. Malgré ses faiblesses, il était encore celui que j’admirais le plus.
Ce soir-là, ce n’était pas le regard des autres qui comptait, mais celui de mon père, reconnaissant d’avoir encore un peu de temps avec moi.